L’adoption de la Convention sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes par l’Union africaine, lors de sa 38ᵉ session ordinaire du 14 février, suscite de nombreuses réactions parmi les défenseurs des droits humains. Cet instrument juridique vise à renforcer la lutte contre les violences basées sur le genre à l’échelle continentale. Toutefois, plusieurs activistes estiment que son application effective reste tributaire d’une condition essentielle, l’instauration d’une paix durable.
À Goma, Gratias Kibanja, militante des droits des femmes, exprime son scepticisme quant à la portée de cette convention en République démocratique du Congo (RDC), un pays marqué par des conflits persistants. Dans une interview accordée à Moseka.info, elle souligne que la violence contre les femmes ne pourra être éradiquée sans un retour à la paix sur l’ensemble du territoire.
« Oui, cette convention est un pas en avant, mais son efficacité dépendra de la stabilité du pays. On ne peut pas parler de l’élimination des violences faites aux femmes alors que la guerre fait rage. Aujourd’hui, en RDC, les filles sont en danger permanent, exposées à des violences de tout genre. À Goma et à Bukavu, il ne se passe pas une journée sans qu’une femme ne soit victime de viol « , déclare-t-elle.
Gratias Kibanja considère que , tant que les chefs d’État n’auront pas trouvé une solution durable, cette convention ne sera qu’une lettre morte.
Pour que cette convention ne reste pas un texte dénué d’impact, Gratias Kibanja estime que deux leviers doivent être actionnés en priorité , le rétablissement de la paix et une vaste campagne de vulgarisation.

« Depuis la reprise des hostilités dans l’Est de la RDC, nous avons régressé de plusieurs années en arrière. Des efforts avaient été entrepris pour mettre fin aux violences sexuelles, et notre pays commençait à se défaire de son image de capitale du viol. Mais avec l’actuelle résurgence des conflits, nous assistons à un recul alarmant. Ni les rebelles, ni certaines forces de l’ordre, ni même certains membres des communautés locales ne respectent ces engagements internationaux « , déplore-t-elle.
Elle insiste également sur la nécessité d’une réponse concrète de la communauté internationale .
« L’ONU a adopté des résolutions, mais leur impact sur le terrain reste quasi inexistant. Comment garantir l’avenir des femmes si les États continuent de perpétuer des atrocités sans que des mesures coercitives ne soient appliquées ? « a-t-elle ajouté
Signalons que, l’intensification des combats entre l’armée congolaise et le mouvement rebelle M23, soutenu par le Rwanda selon plusieurs sources, exacerbe la situation humanitaire. Dans ce contexte, la mise en œuvre effective de la convention de l’Union africaine représente un enjeu crucial pour les victimes de violences sexuelles en RDC et à travers le continent. Cependant, sans une volonté politique forte et des mécanismes concrets d’application, cet instrument juridique risque de rester une promesse sans lendemain.
Gloria kisenda

